mardi 5 décembre 2006
L’intérêt porté aux plantes pour la santé humaine a motivé la plus ancienne activité de recherche à proprement parler de l’humanité. Les grands médicaments du 20e siècle, de l’aspirine (extrait initialement du saule) au taxol (extrait de l’if) sont issus de la biodiversité végétale, sondée, explorée, testée, depuis des temps immémoriaux. Le besoin exprimé par nos concitoyens de se ressourcer, dans une relation durable, avec l’environnement motive la poursuite de l’exploration de la biodiversité végétale pour la recherche de traitements thérapeutiques nouveaux. Les avancées technologiques récentes revitalisent notre étude des plantes pour leurs effets bénéfiques sur la santé. Les progrès sur le front des connaissances montrent de plus que l’étude du végétal permet de progresser dans des domaines médicaux inattendus, en particulier en parasitologie humaine. La plante peut-elle aussi devenir un modèle d’étude du paludisme ? Au sein du volet Qualité des plantes, ces aspects sont étudiés, sous la responsabilité de Laurent Legendre et Eric Maréchal, par 17 chercheurs, 4 techniciens et 8 doctorants issus de 5 laboratoires rhônalpins.
Les actions se concentrent sur des métabolites secondaires pris en compte dans les domaines pharmaceutiques, culinaires, horticoles et de la parfumerie. La très grande variété de molécules observées (plus de 100 000 connues) tranche avec le nombre limité de gènes qui les produisent et, de ce fait, ne cesse d’interroger les chercheurs. C’est sur la famille des terpènes que se concentrent les études : contenant près de 25 000 molécules connues, toutes issues d’une même voie de biosynthèse, leurs intérêts sont multiples, antioxydants (vitamine E), anti-infectieux (artémisine), anti-cancer (taxol) ou bénéfiques pléiotropiques sur le bien-être et la santé humaine (phytothérapie). La France est un des principaux pays producteurs d’extraits terpéniques végétaux. Sa production est majoritairement basée sur la culture d’espèces endémiques appartenant à la famille des Lamiacées et notamment la lavande.
Grâce au soutien du cluster, une première thèse bénéficiant d’une allocation de recherche de la région Rhône-Alpes a débuté en novembre 2006 pour étudier la production de composés volatiles terpéniques par les lavandes. Elle a pour but de fournir des éléments d’explication sur la très grande diversité des composés terpéniques produits par les 39 espèces connues du genre Lavandula. Ce travail nécessitera une caractérisation des molécules contenues dans les huiles essentielles de ces plantes, une définition des relations évolutives entre espèces et une étude du fonctionnement d’enzymes jouant un rôle clé dans leurs voies de synthèse comme les terpènes synthases. Des partenariats ont été organisés avec divers organismes représentant l’interprofession des plantes aromatiques et médicinales françaises, l’ONIPPAM (Office National Interprofessionnel des plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales), ITEIPMAI (Institut Technique Interprofessionnel des plantes à Parfum, Médicinales et Aromatiques), CRIEPPAM (Centre Régionalisé d’Expérimentation en Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales) et CNPMAI (Conservatoire national des Plantes Médicinales, Aromatiques et Industrielles).
Ce second sous-projet vise à décrire et à exploiter les processus et les structures de plantes chez des pathogènes de l’homme comme cibles pour des traitements thérapeutiques innovants. En effet, depuis une décennie et de façon très surprenante, de nombreux travaux montrent que des agents pathogènes bactériens ou eucaryotes unicellulaires, responsables d’infections humaines et vétérinaires majeures, possèdent des protéines, des voies métaboliques complètes ou des structures subcellulaires typiquement végétales. Par exemple, les parasites responsables du paludisme (malaria) et de la toxoplasmose ont un chloroplaste non photosynthétique ; les parasites tels que le trypanosome possèdent des pans entiers de métabolisme de type végétal. Ce second sous-projet vise à décrire et exploiter les processus et structures de plantes chez des pathogènes de l’homme, comme cible pour des traitements thérapeutiques innovants. Cet axe du cluster contribue ainsi, à l’échelle internationale, à la lutte contre les grandes pandémies, notamment le paludisme qui touche 500 millions d’être humains et qui cause 5 millions de décès chaque année. Une première thèse bénéficiant d’une allocation de recherche de la région vise à caractériser une première cible végétale pour un traitement antipaludique. Par un effort soutenu du cluster, l’étude de processus végétaux chez des pathogènes devrait permettre la conception d’un porte folio de cibles thérapeutiques innovantes.
