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projet thèse

Associations, patrimonialisation, innovation : Associationnisme et coopérativisme dans la Drôme rurale

Contexte de la thèse et esquisse de problématique Les mutations du monde rural font l’objet d’approches multiples, au niveau historique, géographique, sociologique et économique. Chacune d’entre elles donne des résultats pertinents, en mobilisant des outils d’analyse et de représentation de plus en plus sophistiqués, que le développement de la transversalité pluridisciplinaire permet de mutualiser. Des documents de prospective sont construits à partir de ces approches, permettant ainsi de poser, en liaison avec les acteurs économiques et institutionnels, un certain nombre de débats relatifs à la dynamique et au devenir du monde rural. Parmi les objets mobilisés, le patrimoine occupe une place croissante, en liaison avec l’augmentation de la part du symbolique dans les consommations. Son champ s’élargit sans cesse, à mesure qu’un nombre illimité d’acteurs s’en emparent selon des logiques diverses et complexes. Plusieurs dimensions peuvent être proposées.
  Dans sa dimension historique, le patrimoine rural est éclairé comme produit d’une interaction dynamique entre acteurs, marché et institutions, dans la sélection d’objets et de valeurs agrégés aux systèmes identitaires et représentatifs territoriaux. C’est donc un processus concomitant de production de signifié social et de création ou de préservation de formes signifiantes que l’historien met au jour — avec ce que cela comporte de conflits, d’échecs, de rapport au proche et au global, à la conjoncture et aux normes, aux effets de génération et de cycle — dans une déconstruction nécessaire de l’objet « patrimoine » et de sa rationalité économique, sociale et politique dans la longue durée.
  Dans sa dimension spatiale et géographique, le patrimoine est questionné sur son rôle dans la (re)composition des territoires (Landel, 2003). Il participe notamment à la (re)définition de limites territoriales, avec toute la difficulté générées par les superpositions d’emprises institutionnelles. Mais il pose également la question de l’évolution des rapports entre villes et espaces ruraux, à la fois sur les plans de l’attractivité, de l’accueil et de la régulation des usages.
  Dans sa dimension économique, le patrimoine est depuis peu interrogé comme ressource pour le territoire. Traditionnellement approché uniquement dans sa valeur économique, il est aujourd’hui perçu comme une ressource spécifique (Pecqueur, 1993, 2004) et analysé au travers de sa durabilité (Peyrache-Gadeau, 2004). Associé à d’autres produits ou services, les éléments patrimoniaux sont susceptibles d’être intégrés dans des stratégies territoriales de paniers de biens (Pecqueur, Mollard) au sein desquels se forment des valeurs ajoutées issues de la combinaison entre ces différentes ressources. En ce sens, ils créent du développement territorial.
  Dans sa dimension socio-culturelle, prolongement de l’approche historique, il est abordé au travers de son implication dans la dynamique identitaire présente et dans sa capacité à "créer du commun" (Micoud, 1994), mais aussi au travers de son implication dans la vie politique (Rautenberg, 2004). Les approches territoriales mettent en évidence la prévalence des processus de sélection dans le mouvement de patrimonialisation ; avec, dans le cas des espaces ruraux, le problème de la part de l’englobant et de l’urbain dans ces processus. À partir de l’analyse des objets sélectionnés, des acteurs, des projets sous-jacents et des rapports de ceux-ci aux contextes successifs, pourrait être posée la question du patrimoine en tant qu’outil de représentation (dans toute la polysémie du terme) du rapport au temps (pensé en termes de devenir) d’un territoire rural. Parmi les champs d’observation du patrimoine, il en est un qui a peu été exploré encore, malgré l’évidence acquise par l’historiographie de son rôle dans le développement rural : celui des organisations. Par rapport aux premières organisations des années 1880 — second associationnisme agraire (Barral, 1968) —, les acteurs ont profondément évolué, et des ruptures sont apparues dans les modes d’organisation. Cette approche pose la question de l’inscription des associations agraires puis agricoles dans les processus de patrimonialisation du 20e siècle et du début du 21e, et de leur capacité à donner des éléments pour comprendre les processus d’innovation organisationnelle, et penser le développement aujourd’hui.

Terrain d’étude L’agriculture de la Région Rhône-Alpes est porteuse d’une histoire de ses associations agraires depuis la fin du 19e siècle. Cette histoire se développe sur la durée, fait apparaître des tendances lourdes, mais aussi des ruptures, des innovations et des requalifications. Elle permet d’observer et d’analyser les processus de patrimonialisation qui ont touché ces organisations, au travers d’une observation des acteurs impliqués, des organisations concernées, des processus de sélection, de conservation et d’exposition des organisations concernées. Elle peut être aussi un champ d’observation des transformations, ruptures et innovations qui ont pu concerner le secteur des associations. À l’intérieur de la région Rhône-Alpes, le département de la Drôme semble constituer un cadre d’analyse intéressant. Il est lieu de fondation des toutes premières associations agraires développées dans le cadre de la loi Waldeck-Rousseau de 1884 — voir par exemple la figure de Hyacinthe de Gailhard-Bancel (Brelot, 1996). Par sa diversité, il a été traversé par tous les questionnements liés à l’adaptation des modèles dominants en agriculture, et a été le cadre d’émergence d’innovations dans le domaine des associations en agriculture. Depuis la Libération, plusieurs exemples peuvent être cités :
  l’Union des Jeunes Vignerons récoltants de Vercheny ;
  le Cellier des dauphins à Tulette ;
  la Coopérative des plantes aromatiques du Diois ;
  la SCOP Ardelaine En parallèle à une analyse bibliographique de l’évolution générale des associations agricoles drômoises, sera proposé un travail d’enquête et d’analyse à partir des exemples précités, ou d’autres révélés par l’exploration archivistique et le travail de terrain. Ils devraient permettre de mieux appréhender, dans la double dimension temporelle et spatiale, les stratégies des acteurs autour de ressources spécifiques aux espaces concernés. Le travail de recherche comportera nécessairement une part importante de recherche, d’inventaire et d’analyse des archives privées d’une ou plusieurs organisations, complétés par une enquête orale auprès des acteurs anciens et actuels mobilisables, et le recours aux sources institutionnelles plus classiques. Le candidat devra développer une approche multiscalaire, permettant au niveau le plus fin d’ébaucher une prosopographie des acteurs d’une ou plusieurs organisations, au niveau intermédiaire d’étudier dans la durée les relations de l’organisation avec les collectivités et acteurs locaux, et au niveau supérieur d’analyser la rationalité de la stratégie de territorialisation engagée, notamment vis-à-vis du marché et des systèmes de normes.

Allocation doctorale attribuée en 2008

Laboratoire(s) d'encadrement


Citation : Associations, patrimonialisation, innovation : Associationnisme et coopérativisme dans la Drôme rurale - projet thèse
URL : http://www.cluster-plantacter.fr/spip.php?article473

© cluster de recherche Rhône-Alpes Qualité des plantes, agricultures, acteurs & territoires, 2007