Mon étude porte sur la place et le rôle de l’agriculture en périphérie des villes moyennes (dont la population est comprise entre 20 000 et 200 000 habitants). Mon terrain comprend quatre villes de la région Rhône-Alpes : Annecy, 50 348 habitants (au dernier RGP de 1999), préfecture du département de Haute-Savoie (74) ; Bourg-en-Bresse, 40 666 habitants, préfecture du département de l’Ain (01) ; Romans-sur-Isère, 32 667 habitants, située dans le département de la Drôme (26) et Villefranche-sur-Saône, 30 647 habitants, sous-préfecture du département du Rhône.
Cette recherche s’inscrit dans un double contexte : celui des mutations urbaines et de l’évolution de l’agriculture.
L’agriculture a connu, depuis les années 1950, une véritable révolution, à travers un double mouvement de modernisation et de spécialisation. Ces mutations se sont accompagnées de la constitution de filières intégrées, d’amont et d’aval, qui ont pris un poids de plus en plus important au sein de l’activité agricole au sens large. Cette modernisation a bouleversé l’organisation de la société « paysanne » française et des espaces ruraux. Cette évolution de l’activité agricole a eu des conséquences importantes sur les espaces ruraux.
En outre, la modernisation de l’activité agricole, basée sur un modèle « productiviste », s’est accompagnée d’un certain nombre de « dérives », qui sont devenues de véritables enjeux de société et qui ternissent l’image de l’agriculture. Paradoxalement, la société française ne s’est jamais autant préoccupée d’agriculture. Aussi émerge un débat permettant une redéfinition de la place et du rôle de l’agriculture vis-à-vis de la société française.
Parallèlement à cette évolution, la société française a également connu de profondes mutations, passant d’une société encore rurale et paysanne dans les années 1950 à une population largement citadine. Désormais, la tendance est à la « déconcentration » de la ville, qui tend à s’étendre sur les espaces ruraux alentours. Les phénomènes de périurbanisation et de rurbanisation ne sont pas sans conséquence sur le milieu rural et l’activité agricole.
Du point de vue de l’activité agricole, cette interpénétration croissante des mondes urbains et ruraux se traduit en termes de contraintes (conflits d’usage et de voisinage, pression foncière et consommation d’espace) mais aussi d’atouts (marché de proximité assurant des débouchés et des revenus et favorisant l’émergence de nouvelles activités, vie quotidienne des exploitants facilitée par les services disponibles, …). L’agriculture à proximité de la ville rencontre une situation atypique, et doit s’adapter à la nouvelle donne créée par l’étalement urbain. D’où l’émergence de questionnements sur l’existence d’une agriculture « périurbaine », voire « urbaine ».
C’est dans ce contexte que se place le questionnement sur la place et le rôle de l’agriculture. Il se positionne vis-à-vis des attentes multiples de la société à l’égard de l’agriculture. Exprimées par le consommateur, mais aussi par des représentants de la population, élus, responsables associatifs, etc., elles touchent les domaines économique, environnemental, social, sociologique, politique. Globalement, les « citadins » attendent de l’agriculture qu’elle structure leur cadre de vie (production et entretien de paysage, respect de l’environnement, etc.), mais ils sont également à la recherche de liens de proximité avec cette activité, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en produits frais et de qualité, et la (re)découverte d’un patrimoine rural dont ils souhaitent se rapprocher.
On fait l’hypothèse que le lien entre agriculture et ville se renforce, cela réinterroge la notion de bassins agricoles structurés autour des villes.
Le questionnement sur la place et le rôle de l’agriculture en périphérie des villes moyennes est donc complexe. Dans ce cadre, les villes moyennes représentent une échelle particulièrement adaptée pour analyser la place et le rôle de l’agriculture à proximité du milieu urbain, identifier les recompositions territoriales et socio-économiques qui accompagnent les mutations en cours, et faire émerger ces nouveaux projets dont l’agriculture tout comme la ville ont besoin.
La principale originalité de cette recherche réside en l’échelle d’analyse adoptée pour étudier la place et le rôle de l’agriculture en périphérie des villes : celle des villes moyennes. Celles-ci suscitent un regain d’intérêt. Au cœur de bassins de vie tant urbains que ruraux, elles représentent un enjeu essentiel pour un aménagement et un développement équilibrés du territoire national, d’autant plus qu’elles concentrent le cinquième de la population française et le quart de la population urbaine. D’autre part, la progression de l’intercommunalité et les perspectives offertes par la décentralisation renforcent la dynamique de ces villes. La DIACT a fait de la question des villes moyennes un de ses dossiers prioritaires pour les grands projets d’aménagement au niveau national, dans le cadre du renouvellement des CPER et de la distribution des aides européennes sur la période 2007-2013.
Désormais, l’accent est mis sur la fonction d’intermédiation (c’est-à-dire de médiation et de charnière entre espaces) entre espace rural et agglomérations, qui semble caractériser au mieux les villes moyennes. La consolidation de cette fonction semble en effet conditionner non seulement l’avenir des villes moyennes mais également un meilleur équilibre territorial à l’heure de la décentralisation.
Cette recherche sur la place et le rôle de l’agriculture à la périphérie des villes moyennes fait donc écho à une préoccupation politique au niveau national : celui de la place à allouer aux villes moyennes dans les projets d’aménagement et de développement du territoire. Les rôles de centralité et de polarisation des espaces ruraux par les villes moyennes et leur fonction « d’intermédiation » sont déterminants dans le choix de cette catégorie de villes pour analyser les relations entre monde urbain et agriculture. En effet, on peut s’interroger sur la transposition de ce rôle fondamental des villes moyennes sur le territoire (sur les plans politique, économique, social, …) à l’agriculture. Autrement dit, est-ce que cette spécificité des villes moyennes dans « l’encadrement territorial » se vérifie également dans « l’encadrement » de l’activité agricole.
Par ailleurs, les travaux actuels sur l’agriculture périurbaine portent essentiellement sur les métropoles et les grandes villes, délaissant les villes moyennes et les petites villes. Or considérer le rôle et la place de l’agriculture en périphérie des villes moyennes implique de réfléchir aux spécificités que le voisinage urbain confère à la multifonctionnalité agricole. Autrement dit, est ce que l’agriculture « périurbaine » développée à la périphérie de ces villes moyennes est plus (ou moins ?) multifonctionnelle que l’agriculture des régions rurales dans lesquelles elle s’insère ? Et quelles sont les formes prises par cette multifonctionnalité ?
Il s’agit également de voir si les villes moyennes prennent conscience du rôle de l’agriculture dans les aménités urbaines (en tant par exemple que « productrice » de biens communs et de services publics), de sa participation à l’émergence d’une « ville durable » et comment cela se traduit en termes de documents de planification, de projets de développement, d’actions et de contractualisation avec des agriculteurs.
Au titre de ces aménités, il importe d’étudier sous quelles formes se manifeste la patrimonialisation de l’agriculture et d’envisager quels types de patrimoine issu de l’agriculture sont mis en valeur par la ville ou les communes environnantes (patrimoine paysager, naturel, culturel, etc.). De même, il est nécessaire d’analyser la contribution de l’agriculture à « l’environnement » urbain (construction du paysage, gestion de l’espace, préservation de la biodiversité, gestion des déchets urbains, etc.) et la prise en compte de cette « nouvelle » dimension de l’agriculture par la collectivité. La question de l’approvisionnement des villes moyennes par l’agriculture de proximité est également centrale, par exemple en ce qui concerne les types de commercialisation (circuits courts, vente directe, etc.) ou de produits (produits de qualité, du « terroir », etc.) adoptés.
Enfin, il convient d’analyser comment les agriculteurs — individuellement ou collectivement — et les Organisations Professionnelles Agricoles envisagent leurs liens à la ville, et comment ces derniers sont intégrés dans les discours et les stratégies de la profession, au niveau de l’exploitation, d’une filière ou de la profession et de l’activité en général : sont-ils vécus comme des opportunités, des handicaps, ou ignorés ? Cette recherche recoupe également des enjeux liés à l’évolution des politiques publiques, que ce soit à travers les nouvelles orientations de la PAC, les nouvelles législations françaises telles la loi SRU ou la loi sur le développement des territoires ruraux, mais aussi la mise en place de projets de territoire d’un type nouveau, privilégiant la mise en cohérence des villes et des campagnes (SCOT, Pays, …).
Le champ d’application de cette recherche est donc vaste, puisqu’il peut intéresser aussi bien des Collectivités Territoriales, dans le cadre de l’élaboration de projets territoriaux, que des Organisations Professionnelles Agricoles désirant mettre en place de nouvelles formes de développement agricole. Elle permettra également d’envisager de nouvelles formes de partenariat entre l’agriculture et le milieu urbain, que ce soit au niveau des institutions ou des particuliers et ce dans une démarche innovante, de prospective, et une dynamique de projet.
Cette recherche se veut donc « appliquée ».
De ce fait, seront directement concernés, à la fois comme collaborations à l’élaboration et au suivi de la recherche et comme réseaux d’informations :
les collectivités territoriales (les villes et leurs intercommunalités, les communes rurales), la Région Rhône-Alpes et les Départements concernés,
les Chambres d’Agriculture (départementales et régionale), ainsi que les OPA et les diverses associations de développement agricole,
les chambres de commerce et d’industrie,
les acteurs du tourisme (Offices de tourisme urbains et intercommunaux),
les acteurs du patrimoine (associations, écomusées, …),
les associations locales à caractère environnemental.
Cette recherche s’inscrit dans un double contexte : celui des mutations urbaines et de l’évolution de l’agriculture.
D’une part, les mutations urbaines (étalement urbain, périurbanisation et rurbanisation) entraînent une interpénétration croissante entre milieux urbain et rural. Dans ce cadre, les villes et leurs intercommunalités commencent à prendre conscience des aménités suscitées par l’agriculture, tandis que les citadins expriment de nouvelles attentes à son égard.
D’autre part, l’agriculture vit de profondes mutations, la conduisant à redécouvrir et à revaloriser les liens au milieu local. Parallèlement, elle se voit attribuer de « nouvelles fonctions », et la multifonctionnalité de l’agriculture tend à être favorisé et reconnue.
Cette « nouvelle donne » dans la relation ville - campagne a été intégrée par les grandes villes. Mais qu’en est-il pour les villes moyennes ? Ce travail de recherche a pour but d’analyser, à travers la question du rôle et de la place de l’agriculture en périphérie des villes moyennes dans la région Rhône-Alpes, le positionnement de ces villes vis-à-vis de l’agriculture et son intégration dans leurs stratégies de développement, en identifiant les liens de proximité qui s’établissent aujourd’hui entre villes moyennes et campagnes environnantes, voire, à l’inverse, les facteurs de discontinuité qui les opposent.
En termes d’équipements utilisés ou envisagés (ou plutôt de moyens), cette recherche s’appuie sur deux éléments fondamentaux : une analyse bibliographique et une phase d’enquête de terrain, qui sont au cœur de la méthodologie employée pour finaliser le travail engagé.
L’analyse bibliographique doit permettre de faire l’état des lieux de la question, et de nourrir et légitimer mon propos. Elle utilise les sources et outils suivants : ouvrages d’auteurs ou ouvrages collectifs, articles parus dans des revues spécialisées, synthèses de travaux ou de séminaires, actes de colloques, documents universitaires (thèses, mémoires, etc.), sites Web, etc.
La participation à des colloques et séminaires de recherche fait également partie des moyens utilisables et utilisés pour obtenir des informations.
Enfin, tout type de sources permettant de mieux connaître les terrains approchés seront utilisées (documents et rapports des OPA, des collectivités territoriales, etc.). De même, une analyse statistique (à partir des données du RGA, et si possible de données plus récentes provenant d’acteurs locaux ou d’OPA) sera effectuée.
L’enquête de terrain, elle, permettra de récolter des données qualitatives sur les quatre villes moyennes étudiées, de vérifier les hypothèses soulevées, d’apporter des éléments de réponse aux questions posées et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Elle reposera sur des entretiens qualitatifs, de type semi directifs (grille d’enquête), réalisé auprès d’un échantillon d’acteurs locaux représentatifs (agriculteurs, élus, techniciens d’OPA, responsables associatifs, etc.), et donnera lieu à une restitution et une analyse des discours récoltés, matériaux venant alimenter la réflexion engagée.
Un comité de thèse se réunira à la fin de la première année de la thèse associant des enseignants-chercheurs et des chercheurs spécialistes de la question à l’échelle nationale. Il est également prévu d’organiser une séance de séminaire du LER à la fin de la première année. Un séminaire du cluster pourra aussi être pour partie consacré à cette thématique au début de la deuxième année.
Au niveau régional, il est envisagé, dans le cadre de cette recherche, de mobiliser voire d’impliquer les acteurs locaux rencontrés lors des phases de terrain successives, par le biais de réunion de « bilans de restitution » permettant de résumer les principaux enseignements des recherches entreprises et de donner des pistes de réflexions pour permettre d’engager des actions spécifiques en la matière au niveau local. Cette restitution des terrains d’étude donnera lieu à la production d’articles scientifiques.
Enfin, au niveau national et international, il est envisageable de participer à des communications au sein de séminaires et de colloques. Une première communication sera proposée au Colloque international « Les agricultures périurbaines, un enjeu pour la ville, vers des projets de territoire », organisé par le laboratoire GECKO de l’Université de Paris X-Nanterre et l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage, qui se tiendra à l’Université de Nanterre du 10 au 12 octobre 2007 et dont les actes seront publiés.
Étant en première année de doctorat, les premiers résultats sont :
l’élaboration d’une bibliographie détaillée et commentée, permettant une meilleure connaissance de la littérature scientifique sur le sujet, de faire le point sur les travaux engagés sur des thématiques proches et d’envisager quels aspects ce travail pourrait approfondir ou combler et ce qu’il pourrait apporter de « neuf » ;
la définition d’une problématique clarifiée,
une première approche des terrains (localisation, évolution démographique, contexte économique, contexte institutionnel, etc.).
D’ici la fin de la première année de thèse, seront effectués :
la mise au point de la méthodologie d’enquête ;
une réflexion sur l’intérêt de la comparaison et sur la mise en œuvre de l’approche comparative ;
et le début de la première phase d’enquête de terrain (qui débutera début mai pour se poursuivre jusqu’à la production d’un premier rapport d’étape en septembre).
Allocation doctorale attribuée en 2006
Citation : La place et le rôle de l’agriculture à la périphérie des villes moyennes : cas des villes d’Annecy, Bourg-en-Bresse, Romans-sur-Isère et Villefranche-sur-Saône - Etat d’avancement - 2007
URL : http://www.cluster-plantacter.fr/spip.php?article56